Politique de la terre brulée ( lettre de J.P Masclet : Emmaus Dunkerque )

Publié le par zaibet

 
Politique de la terre brûlée.

 
 
par J.P Masclet  ( Emmaus Dunkerque)

le 17 Avril 2006

 

Que penser, que dire quand on continue à voir sur nos côtes, à quelques centaines de mètres de nos maisons ces HOMMES, ces FEMMES vivre dans de telles conditions ?


 Etre présent à leur côté pour leur apporter le minimum vital, envie de dénoncer ces conditions de vie,  oui bien sûr. Mais dénoncer à qui ? La logique voudrait que nous le dénoncions auprès des pouvoirs de l'état. Certes,  c'est de leur devoir de venir en aide à ce public ! Ce public de migrants qui fuit leur pays,  qui ne cherchent qu'une seule chose  vivre dignement. Dénoncer cette fatalité auprès des pouvoirs de l'état, donc auprès de Monsieur le Sous Préfet.

 

Pourquoi le dénoncer puisque les faits sont connus : la police passant tous les jours pour contrôler ces hommes dans ce nouveau squat, avec en prime quelques gestes de déni accompagnés de violence. C'est vrai, il ne faut pas dire celà... la violence policière n'existe pas en France et encore moins sur le dunkerquois ! Cet homme  barbu à lunette ainsi que cette femme tous deux en uniforme ne font certainement pas partie de la force publique de notre belle nation !


 Se plaindre, mais à qui !!! S'il y a plainte celà veut dire que deux heures plus tard sous n'importe quel prétexte ( viol, contrôle de routine, mise à l'abri, salubrité publique, bonne action, plainte des riverains) le squat se verra une fois de plus rasé et tous ces hommes emmenés,  soit à la PAF soit dans un CADA ou dans un CHRS  à quelques centaines de kilomètres de nos côtes. Lieux qu'ils quitteront aussitôt pour revenir sur nos côtes. Un seul objectif  : la Grande Bretagne. Aura t'on pour autant répondu au problème ? Aura t'on trouvé une solution ? Aura t'on fait avancer la dignité humaine? Aura t'on redoré le blason de la France terre d'accueil ? Peut être celà aura ramené, tout au plus, quelques points dans un sondage.


 Nous avons proposé des rencontres régulières pour avancer et trouver des solutions entre les pouvoirs politiques et les associations caritatives ! Aujourd'hui c'est le statut quo. Dès qu'un squat est repéré dès que les associations humanitaires interviennent dès que .... Le squat est rasé. La politique de la terre brûlée est de mise. Aujourd'hui les politiques ne cherchent qu'une chose ; ne pas avoir de réfugiés sur leur territoire,  chassons les, éc?urons les pour qu'ils aillent ailleurs. Ailleurs mais pas chez nous.(cf les bois élagués sur Grande Synthe, le camps rasé à Loon plage il y a quelques mois, les deux ruines rasées sur Loon Plage il y a une dizaine de jours, le squat dans le parc à Calais, etc etc etc...)


 Aujourd'hui nous sommes une fois de plus intervenus pour fournir tentes, couvertures, alimentation. Aujourd'hui c'est une trentaine de personnes qui se cachent. Aujourd'hui lundi de pâques ces hommes nous ont proposé de partager avec eux leur morceau de pain trempé dans de la confiture... J'ai honte et je suis partagé entre intervenir et les aider ou ne rien dire, ne rien faire. Le fait d'être présent met en danger ces hommes ainsi que ce squat. Ce squat qui sera très certainement dans quelques jours rasé à nouveau et cette fois ci pour quel motif ???

 

Jean Pierre MASCLET

Directeur de l'association « Emmaüs Dunkerque »

Dunkerque le 17/04/2006



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